Attends le Seigneur, prend courage,
que ton cœur demeure ferme.
Attends le Seigneur.
(ps 26.14)
Eveillé comme à son habitude vers trois heures du matin, l’obscurité régnait encore.
Il devinait que, pas d’avantage que ces trois ou quatre derniers mois, le jour ne se lèverait.
Il ne savait trop ni le jour ni même l’année. Mais c’était un dimanche, il en était sur, et l’hiver approchait.
Toujours frileux, le matin, il se plaisait néanmoins au froid sec et ensoleillé des hivers montagnards.
Mais, là, le froid, de plus en plus incisif, était d’une autre nature. C ‘était le froid imprévu que l’on ressent parfois en passant dans certains lieux et qui fait dresser le poil. Le froid d’une présence invisible et hostile. Le froid de quelqu’un de froid. Qu’importe ! Depuis longtemps, il s’était coulé dans le moule du présent et cela lui donnait une constance, inépuisable et résignée.
Ayant chanté l’Orthos royal, il décida, pour conclure les Laudes, d’allumer un feu. Depuis que sa vie battait au rythme des Heures, la lueur annonciatrice de l’aurore avait toujours salué les Laudes, à travers les vitraux en grisaille du monastère.
C’est pourquoi il décréta, ce jour là, une courte guerre aux ténèbres.
Concernant le feu, il avait arrêté sa stratégie. Rompu aux règles de survie propres au guerrier furtif, il avait géré parcimonieusement le stock d’allumettes du monastère. Les braises du Godin, la mèche toujours allumée de la lampe à huile ou sa loupe quand le soleil brillait, lui avaient toujours permis de faire jaillir, d’entretenir ou de transférer le feu là où il en avait besoin. Il se rappelait un vieux film, la Guerre du Feu, visionné des décennies auparavant. Il voyait, dans ce soin à sauvegarder la braise, l’obligatoire vigilance à préserver, dans le cœur, l’humble et fragile flamme de la Foi et de l’amour. Ne jamais moucher la mèche qui fume encore.
Du fagot retiré de l’espace entre le mur de la maison et les parois de la grotte, il fit ainsi jaillir la chaude lumière, au bord du précipice.
Etonnant et nouveau spectacle.
Le chaos se structurait en deux espaces bien distincts, sans aucun mélange. Là, où l’instant d’avant, régnait le noir obtus et silencieux, chantait et dansait son contraire. On eut dit que ce dernier, conscient de ses limites, lançait néanmoins un défi joyeux par ses étincelles qui, brièvement, jaillissaient vers le ciel et par son crépitement qui postillonnait à la face du silence. On était face à deux adversaires sans concession, opposés en un affrontement frontal. Branche à branche, Théophile soutint aussi longtemps que possible, le combat de son éphémère, il ne le savait que trop, allié qui le réconfortait de sa douce chaleur. A regret, il laissa décliner, vers ce qu’il estimait la fin de la journée, la pure énergie qui s’était, un temps, substitué à la lumière du jour. Il observa le rougeoiement palpitant des braises comme un astre nocturne tombé à ses pieds.
Lundi.
Comme l’écrivait le roi-martyr dans son journal, peu de temps avant l’ouragan révolutionnaire: Rien.
Enfin, pas tout à fait.
Tandis que Théophile égrenait son chapelet assis à sa table, une voix, qu’il entendit pour la première fois mais qui, pourtant, lui parut familière, s’imprima directement sur l’aire auditive de son cerveau, ne prenant pas la peine d’emprunter la voie habituelle de l’oreille et du nerf auditif.
- As-tu suffisamment d’huile ?
Théophile resta, un instant, interdit devant l’inattendu et le caractère saugrenu de la question.
Face à l’incompréhensible, il n’a qu’une réaction. Agir. Il a toujours fait cela, générant le plus souvent des situations cocasses et inadaptées. Dans le cas présent, Théophile se saisit du bidon, le soupèse, enlève le bouchon et tente un coup d’œil totalement inutile puisqu’il ne distingue pas le niveau.
Il le repose, perplexe et entend, cette fois, un soupir affligé et compatissant.
L’insolite le déstabilise. Comme un dormeur fatigué passe de la rêvasserie à la réalité, un temps se passe avant que le mécanisme de l’habitude ne reprenne ses droits.
Repas, Heures, chapelet, Psaumes.
Et puis, comme il le fait parfois, sans rythme défini, après un « Roi Céleste » attentif, il ouvre la bible, au hasard.
Combien de fois avait-il fait ce geste ?
Il y avait une vingtaine d’années, alors que Marie et lui caressaient leurs rêves monastiques et que tout se mettait en travers, il tomba ainsi sur ce passage de la Genèse :
« Le Seigneur accueillit favorablement Abel et son offrande mais non pas Caïn et son offrande. Caïn en éprouva un profond dépit ; il faisait triste mine. Le Seigneur lui dit :
A quoi bon te fâcher et faire si triste mine ? Si tu réagis comme il faut, tu reprendras le dessus … » .
Il eut d’autres expériences de la sorte qui lui donnèrent une perception de l’étrange pédagogie divine.
Dieu éprouve. Dieu punit. Son Amour et Sa colère sont une seule et même chose. Tu es fidèle, j’éprouverai ta fidélité. Tu ne l’es pas, je te corrigerai. Le fil conducteur est pourtant simple à comprendre, homme sans intelligence. Je te veux tout à Moi.
Ce soir là, le Livre s’ouvrit sur la parabole des vierges folles .
Théophile, dans la confusion, comprit sa méprise. Mais il sentit que cette manifestation n’avait pas pour seul objectif de lui rappeler une parabole qu’il connaissait par cœur.
C’était un avertissement. Un rappel que tout se joue au dernier moment et que rien n’est jamais gagné. Un fruit ne vaut que ce qu’il est au moment de la cueillette. Il peut bien avoir été le plus beau de tous, sur l’arbre. Si le vers le contamine, quelques secondes avant que la main du Maître le détache de l’arbre, il est devenu, hélas, immangeable, alors qu’un autre, chétif, difforme mais rendu savoureux par le soleil aura sa place sur la table du banquet.
Pourquoi, de manière aussi expressive, l’avertissement venait-il ce jour ? La question resta tapie dans un coin de son âme et, comme un soliste impromptu, en modifia l’orchestration.
Mardi.
Théophile fut réveillé par le bruit. Il n’avait pas le sommeil particulièrement léger mais, pourtant discret, le nouveau venu rompait le mutisme absolu de ces derniers mois. Au début, cela lui fit penser au crépitement de son feu, dernier souvenir sonore, en plus sourd.
Il sortit. Il pleuvait.
Ce n’était que quelques gouttes, lourdes, qui s’écrasaient avec un bruit mat dans la poussière. Il remarqua l’absence d’impacts sur la végétation, celle-ci ayant totalement disparu en ces mois sans lumière.
La tête reversée, clignant des yeux, il offrit son visage et ses mains à l’averse qui se densifiait. Il en goutta la fraîcheur et s’en sentit comme purifié. Il s’en frotta le visage et les avant-bras.
C’était, à présent, comme une cataracte qui l’enveloppait et il eut la sensation d’être immergé dans un fleuve venu du ciel.
Un torrent aussi étroit qu’impétueux dévalait le chemin et, prenant son élan, rasait la maison, enjambait la falaise et, comme une guirlande parachutiste, s’élançait dans le vide
La source sembla s’en tarir quelques instants et il s’ébroua, joyeux, se réjouissant d’avance du spectacle d’un Théophile fumant de vapeur devant le Godin.
Il n’eut pas le temps de rentrer. L’averse reprit. Différente. L’eau était visqueuse et ce qui mouilla ses lèvres avait le goût âcre de la terre brûlée et du sang.
Cette fois, il rentra précipitamment et, à la lumière, contempla ses mains rougies. Le ciel, contaminé depuis des mois, vomissait la terre martyrisée.
La boue sanglante tomba toute la nuit, libérant une odeur de putréfaction.
Mercredi
Pour la première fois depuis longtemps, il dormit mal et fort peu. L’avertissement, les deux pluies, l’une aussi mortelle que l’autre fut vivifiante, avaient imprimé dans son esprit un message d’alerte sans qu’il en comprit vraiment la nature. Il se sentait sur le qui-vive, nerveux.
Avant même de sortir, il perçut que l’obscurité était moins intense. Le ciel était toujours masqué par d’épais nuages rouillés mais une lueur laiteuse le teintait et révélait, sinistre, un paysage martien. Comme de monstrueux et filandreux lichens, des coulées de boue séchée, rouge, garnissaient les arbres morts. Un peintre psychopathe avait souligné d’écarlate la moindre fissure des rochers. Théophile en regretta la nuit totale et pensa, effrayé, à la citerne d’eau.
Devant l’ampleur du châtiment, il conçut celle de la faute.
Un mouvement attira son regard. Venu sans doute du fond de la caverne, un énorme serpent noir, à demi lové, le regardait. Théophile, à bout d’émotions, se força à l’immobilité, sans le quitter des yeux. Le face-à-face se prolongea, hors du temps. Sur sa queue enroulée, la bête se dressait à demi et se balançait sur un rythme hypnotique. Ses petits yeux inexpressifs reflétaient la lueur rougeâtre qui baignait tout. Entre les deux êtres s’établit un flux tumultueux fait de haine, de jalousie, de douleur aussi. Dans le cœur épuisé de Théophile, la peur fit place à la pitié. Pauvre diable, pensa t-il, sans trop savoir si le terme était approprié. L’autre le perçut-il ? Comme à regret, il repta en arrière avec l’hésitation de celui qui oublie quelque chose. Se retournant une fois encore, il vit Théophile se signer et se glissa dans la caverne.
Les jambes molles, Théophile pénétra dans la sienne.
L’excès d’émotions l’avait anéanti. L’ampleur de la faute, perçue un instant avant, l’écrasait. Un étau lui broyait le cœur. Après le regard de la bête, il rencontra celui du Sauveur. Une main puissante le jeta à terre. Le visage dans la poussière, un flot de larmes jaillit qui lui semblait ne jamais tarir. Il se vidait d’un venin inconnu qui contenait toute l’iniquité du monde et du temps et cette purge s’annonçait sans fin. Il implorait de toutes ses forces la réconciliation et se sentait, pour cela, prêt à tous les abaissements de l’amour.
L’évidence le frappa avec une force colossale que les êtres humains, loin de constituer une myriade d’isolés, ne sont qu’un seul corps parce que tous à l’image et à la ressemblance du même indicible et inconnaissable. Salie, occultée, littéralement enfouie comme le diamant au fin fond de la mine, chaque âme, d’une incomparable splendeur, est l’icône aux milliards de facettes de l’ineffable. Cette beauté commune dépasse en mesure toute la laideur de la gangue qui l’enserre et chacun de ces joyaux dispersés, appartient au même diadème royal.
Ainsi, ils sont à ce point dépendants les uns des autres, à ce point solidaires, que leur Mal et leur Bien individuels sont Mal et Bien communs.
Lui qui pensait avoir quelque peu avancé sur le chemin escarpé du Royaume découvrait qu’il n’y avait pas encore mis le pied. Pire, au seuil de la mort, il se trouvait en bout de queue. Il n’avait rien commencé. C’était une réalité effrayante mais, en même temps, la sensation délicieuse d’une vacuité comme celle d’une maison enfin déménagée dans l’attente avide de son propriétaire.
Jeudi
Un jour hâve l’accueillit au sortir d’un sommeil haché menu. Théophile ne se sentait pas bien, vaguement nauséeux. Il plut encore. D’abord l’ondée claire et fraîche des brumes plafonnées par le couvercle de poussière et dont des nappes vaporeuses s’insinuaient, magiques, entre les escarpements montagneux. Puis la boue glaciale ravinée de plus haut laissant la lumière anémique monter d’un cran.
Il ne mangea rien de la journée et sa fatigue s’accrut. Il commençait à ressentir des démangeaisons sur le visage et les mains qu’il égratignait machinalement. Ses entrailles manifestaient un endolorissement agité qui irradiait dans son dos. Il pria, assis sur son châlit. Passant du chaud au froid, il se traînait jusqu’à la porte, moite d’une sueur gluante, ou se blottissait, transi, vers le Godin.
Se sentant de plus en plus faible, il se força à manger. Le petit pain dégagea, dans la pièce, l’odeur chaude et rassurante qui le faisait saliver lorsqu’il passait devant un fournil.
Mais il y eut plus. Il fut soudain transporté en ce dimanche de 2005 où il assista, pour la première fois à la Divine Liturgie. C’était dans une église russe de l’ouest de la France et on y célébrait, il s’en souvenait très bien, le dimanche de saint Grégoire Palamas. Il s’était placé tout au fond de l’église prés des portes restées ouvertes à la douceur du printemps breton. Il « suivit » assez bien car il n’était pas dépaysé par cette liturgie. Il possédait dans ses tripes la messe dite de saint Pie V et en retrouvait la structure. Cela faisait huit mois qu’il n’avait plus communié chez les catholiques et il vit approcher le moment de la communion avec un creux à l’âme. Le prêtre sortit du sanctuaire et se planta sur l’ambon. « Approchez avec crainte de Dieu, foi et amour », découvrant le calice.
Jean fut alors frappé par le parfum, indéfinissable, chaud, aromatique. Raisin, cardamome, pain chaud, une pointe de cannelle aussi. Il se demanda quel vin était utilisé, mais, surtout, comment lui, l’odorat abîmé depuis des années par les climatiseurs tropicaux, avait pu percevoir cet arôme à plus de vingt mètres.
Ce soir, il ne sut s’il l’avait réellement et pour la seconde fois perçu ou s’il s’agissait seulement d’un souvenir olfactif soudain ressuscité.
Il bénit et mangea.
Ses entrailles s’assoupirent quelques heures.
A la nuit, alors que ses dyptiques lui faisaient vivre les souffrances habituelles, avec ce coté émoussé qui lui faisait dire que Dieu en mesurait la charge, il sombra brutalement dans un univers ténébreux dont la densité le noya littéralement. Il avait les plus grandes difficultés à respirer comme si l’épaisseur de ce qu’il ressentait entrait dans ses narines, sa trachée et ses bronches. Il comprenait que si cet état durait, il ne pourrait plus du tout respirer, suffoquant sans mourir. Cela le terrorisa. Ce n’était pas une vision comme en furent gratifiés, il l’avait lu, quelques bienheureux. C’était un état. Il sentait, tout autour, palpables, aussi réels que possible, la présence affolée de milliers, de milliards d’êtres humains. Ils étaient comme dans le monde. Les massacres, les cruautés raffinées et gratuites, les guerres, les maladies, les pires perversités étaient ceux qu’il connaissait déjà et faisaient le perpétuel présent de cet univers glauque. Cris, hurlements de douleur et de colère, ricanements sadiques, gémissements d’agonie, sanglots convulsifs. Tous ces êtres y baignaient comme il l’avait vu toute sa vie.
Mais il y avait une grande différence.
Alors que dans la vie normale, les êtres humains, dont le génie est de s’habituer à tout, trouvent toujours, dans l’oubli de Dieu et des autres, une position plus ou moins confortable sur ce lit d’horreurs, ils souffraient là une insupportable torture car le souvenir et l’amour de Dieu ne les lâchait à aucun instant, pas plus que la plus petite partie des atrocités de cet univers. En même temps qu’ils se noyaient dans leur haine commune, ils ressentaient un amour dément, insupportable de douceur et d’humilité, se poser sur eux, les cibler individuellement. Et eux étaient dans la totale incapacité d’y répondre de quelque façon, fusse par un soupir. Cet amour leur coulait dessus, inaccessible, comme l’eau entre les doigts et leurs lèvres ne pouvait s’y tremper, leurs cœurs rôtis par mille feux s’en rafraîchir. Toute leur frustration se reportait en pensées effroyablement haineuses envers leurs milliards de semblables. Pas un seul avec qui partager, en l’atténuant, cette torture. Pas un regard qui permit d’extérioriser, aussi peu que ce soit, cette douleur impossible, pas même un visage. Que des étrangers incarnant, dans leur anonyme globalité, l’Ennemi absolu. Ces hommes et ces femmes étaient des trous noirs. Ils captaient la lumière sans pouvoir la réfléchir, emmurés dans une monstrueuse et définitive introversion, brûlés, écartelés, déchirés par les deux forces soudainement incommensurables d’un amour invivable et d’une haine banale.
Et ils savaient que, jamais, aucune mort ne viendrait les en délivrer.
Quand Théophile revint à lui, trempé d’une sueur nauséabonde, il suffoquait et avait dans la bouche un goût de sang.
Son abattement était absolu car il touchait là un point rémanent de sa Foi qui fleurait l’hérésie. Bien avant de découvrir la théorie de l’Apocatastase*, il n’avait jamais pu concevoir que le Mal puisse remporter la plus partielle victoire, à fortiori définitive. Cela allait à l’encontre, au plus profond de lui, de l’espérance, de la foi absolue dans la victoire totale, annoncée et promise, une victoire qui ouvre en grand les prisons ennemies et ne leur laisse aucun otage. Certes, il y avait la liberté mais, en amont, comment Dieu, dans son infinie prescience pouvait-il, par une bonté égarée, créer des êtres qu’il savait promis à la perdition ? Quand et comment ? Il l’ignorait et ne cherchait pas à le savoir. Dieu sait.
« Mon père, pardonnes-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » comme si le Verbe, dans son vécu personnel de l’humanité, découvrait et informait son Père qu’en les égarant, le Malin libérait, du coup, les hommes de leur terrible et coupable liberté.
Que les ouvriers de l’Amour touchent le même salaire, qu’ils aient peiné peu ou prou, il trouvait cela normal. Mais ceux qui s’étaient tourné les pouces, ces chômeurs plus ou moins volontaires, ces handicapés du cœur, ces aveugles de l’esprit, ces autistes de l’intelligence, qu’allait-on en faire ? Ceux qui ont travaillé ne peuvent-ils leur abandonner une petite part de leur salaire ?
Dieu ne refuse rien à ceux qui l’aiment.
Tout ceci, il le savait bien, n’était que supputations personnelles. Sa pauvre et folle sagesse. Dieu bon, amour ineffable, aie pitié.
Vendredi.
Il n’avait pas dormi. Cette nausée, ces viscères révoltés, cette fièvre, ce goût de sang, ces égratignures qui ne coagulaient pas, cette sensation de brûlure sur son visage, ces cheveux qui tombaient indiquaient à suffisance qu’il avait, depuis mardi, la maladie des rayons. Il savait comment cela se terminait.
« As-tu suffisamment d’huile ? » Il était trop tard pour en chercher.
Il ne pouvait se voir mais se sentait assez pitoyable, le teint havre, les yeux enfoncés dans des orbites osseux, derrière des paupières violacées. Il respirait par saccades car chaque inspiration lui coûtait un effort qu’il avait du mal à fournir, les muscles, tétanisés, semblaient se lignifier et ses conduits respiratoires se pincer comme un tuyau soumis à une dépression. Son cœur tambourinait sa cage thoracique comme un animal pris de folie se jette contre les barreaux et son squelette vibrait, en résonance avec les battements sourds de ce tam-tam syncopé.
Les instants d’inconscience qui auraient pu l’apaiser étaient interrompus par une quinte suffocante qui laissaient une traînée sanglante sur le rason*.
Se comprendre mourant était une chose. Depuis longtemps, il avait intégré que cela arriverait un jour et pour avoir vu la mort des autres s’avancer, il connaissait assez bien les affres de toutes sortes qui lui faisaient cortège.
Mais ce qu’il ignorait, ce qu’il n’avait pu vivre par procuration, c’était ce sentiment de déchéance, d’humiliation, d’anéantissement. Souillé depuis quelques heures, puant, défiguré par une sueur qui, en ruisselant,
repoussait dans ses rides une crasse infecte, affublé d’un rason* boueux et chiffonné, il sentait que tout ce qui lui restait de vie, tout ce qui l’entourait se liguait pour lui cracher son mépris. Il était l’objet inerte et sans défense d’une colère accumulée, inaccessible à la pitié. Il devait être détruit.
Toute pensée lui était dorénavant interdite. Il n’était plus qu’un pauvre animal haletant, blessé dans sa course, harassé, dont toute force s’était enfuie et qui entendait, si proche, le grondement de la meute. Il allait être « servi ».
Bandant sa volonté dans un geste qu’il percevait comme le dernier, il se tourna légèrement sur le coté et, tendit un bras de plomb vers le petit crucifix bénédictin qui, jamais, n’avait quitté sa poche depuis soixante ans. Il ne pouvait partir sans lui, serré dans son poing, pressé contre sa poitrine dans la tentative pathétique de l’y faire, à toute force, pénétrer. Jésus !
Ayant ainsi épuisé ses ultimes réserves, il ouvrit grand la bouche et pensa mourir.
Samedi
Mais seul un coma recueillit son esprit. Méthodiquement, comme il avait pensé le faire des années avant, il visita tous les lieux de sa vie. Il allait, revenait, passait de l’un à l’autre comme si un simple effort de sa volonté retrouvée lui faisait franchir des milliers de kilomètres, des millions de secondes. Ce qui n’aurait pas été le cas d’un pèlerinage, tout y était intact.
Les maisons, les objets, les êtres qui les peuplaient, les joies, les chagrins, grands ou petits étaient là aussi. Les sons et les couleurs étaient aussi réels que possible. On y
parlait à un Jean de tous les âges et il entendait ce qu’il avait déjà entendu. La bouche de ce Jean répondait et c’était ce qu’il avait déjà dit. Mais lui, l’octogénaire, personne ne le voyait. Il aurait aimé aller vers eux, les
tenir contre lui, les embrasser mais leurs regards le transperçait sans s’attarder. Seuls les chiens semblaient s’apercevoir de sa présence. D’un pas traînant, ils
s’approchaient de lui et tendaient leur truffe. Théophile effleurait leur tête plate et sentait presque la caresse de la fourrure.
Il visita toutes ses demeures.
Au dernier étage d’un immeuble de la banlieue d’Alger, le Teppaz de ses sœurs aînées chantait en nasillant, la petite fleur de Sydney Bechet ou faisait swinguer les copains. Il vit le petit Jean trottiner dans cette petite foule de grands garçons et de belles jeunes filles en jupes vichy, tenter, sans succès, d’attirer leur attention. Il vit un couple flirtant sur un canapé. Il se glissa entre les deux avec l’insolence d’un chiot.
- Qu’est-ce qu’il veut ce tordu ? dit-elle.
Il fit un saut, vingt ans plus tard, vers la clinique d’accouchement qui avait vu naître ses aînés, dans la banlieue de Lyon. Jean était là, inutile et anxieux, pendant que le vieux professeur ordonnait calmement. « Poussez, madame ».
Elle poussait, le visage crispé par la douleur, sans un gémissement. Et la vie criait. Théophile vit Jean esquisser un geste tendre.
Le petit appartement de la rue des Sablons les avait recueillis, ses parents et lui, après l’Algérie. Ses sœurs étaient mariées. Son père qui approchait la soixantaine continuait à travailler car les études de Jean n’en étaient qu’à leur début. L’appartement était confortable mais si petit. Il vit son lit dans l’entrée. Il y était bien. Ses parents étaient tout à lui et, lui, tout à eux. Ce fut bien le seul moment. Mais il n’était pas accoutumé au climat parisien. L’hiver 1962 fut particulièrement rude. Il parcourut avec papa et maman le marché en plein air. Il y avait un beau soleil mais le froid lui mordait les oreilles.
- Je vais les perdre, pensa t-il.
Dans la nuit, la fièvre le fit cauchemarder. Il se leva, toujours dans son mauvais rêve et se précipita vers ses parents endormis.
- Ne mourrez pas !
Ils le recouchèrent en le cajolant.
Et le curieux voyage se poursuivit pendant un temps qui aurait du s’étendre sur des années.
Il n’avait pas du tout l’impression d’être plongé dans un espace onirique. Tout cela lui paraissait naturel et normal. L’étrangeté de la situation lui échappait complètement. Il se promenait dans sa vie, parmi les siens, sans chronologie, sautant, à volonté, d’une époque à une autre, du grand-père, ancien poilu, qui remontait son oignon d’argent à la vieille cousine éloignée qui restait debout derrière son maître d’époux tandis qu’il avalait sa soupe, du mariage de sa nièce à celui de ses enfants, d’un baptême à un Noël montagnard. Il resta à l’extérieur de ses lieux de travail mais, parfois, il reconnaissait d’anciens patients, croisés dans la rue.
Il jouait à la marelle sur sa vie mais ne pouvait éviter les trop nombreuses cases à caillou. Difficile d’atteindre le paradis.
Ce qui, dans son état, le troubla néanmoins, fut de pouvoir assister à ce qu’il n’avait pas vu.
Il entra dans une chambre du vieil hôpital rural. Les chambres individuelles y étaient rares et réservées aux mourants. Antoinette, sa grand’mère gémissait, les mains crispées sur le drap blanc, transpercée des mille poignards du myélome. Sa propre mère était là, et rafraîchissait le front de la malade avec un mouchoir qu’elle trempait dans un bol.
- Maman ! Maman ! ne trouvait-elle qu’à dire.
Le téléphone sonna dans le vaste appartement de style mauresque, en face du palais d’été d’Alger. Une large porte vitrée à petits carreaux laissait voir le grand salon et, par delà ses fenêtres, les bougainvilliers du parc de Galand. Sa mère laissait errer son regard sur le panorama en décrochant.
- Madame C. ?
- Oui ?
- Ici, c’est l’ALAT . Je suis navrée, Madame. Mort. Il est mort.
- Qui ? mais qui ?
- Votre fils Guy. Son Piper est tombé à Didjelli. Je suis désolée.
Maman étouffa un cri et, oubliant de raccrocher, s’effondra dans l’un des fauteuils grenat. Les yeux perdus dans un horizon sans espoir, ses mains tentant de contrôler les convulsions de sa bouche, ses larmes coulèrent, longuement, sans un cri.
Au bout d’un long moment, elle se leva, repris le téléphone et composa le numéro du bureau de papa.
Théophile, immobile, voyait tout cela, se sachant impuissant, pendant que Jean était à l’école des jésuites.
Pendant que Jean opérait Outre-Mer, Théophile entra dans la maison de ses parents. C’était un joli pavillon des années trente que ses grands-parents avaient fait construire. Un tilleul centenaire occupait la cour et la plaque de marbre, entre portail et portillon, indiquait toujours les prénoms des aïeux. Simon et Antoinette.
Dans le salon, son père relisait pour la centième fois la dernière lettre reçue de Jean. Elle datait de six mois.
Une seule page.
« Mon cher papa, ma chère maman »
Des nouvelles fades du pays, du travail, des enfants.
« je vous embrasse bien fort »
Son père lisait, relisait et, chaque fois, retournait la feuille pour s’assurer qu’il n’y avait rien derrière.
Sa mère qui voyait le manège se glissa derrière le fauteuil et lui caressa la nuque.
- Il n’est vraiment pas chic.
Théophile, immobile, voyait tout cela, se sachant impuissant, pendant que Jean était à des milliers de kilomètres.
La maison prétentieuse de Loire-Atlantique avait pris un air fantomatique. Avec le départ de Jean, elle semblait s’être vidée, avant ses meubles, des souvenirs qui la maintenaient en vie, depuis que les enfants avaient fait leur vie. Soirées western, barbecues, discussions animées autour de la table dominicale, parties de tarot, tout était envolé et appartenait dorénavant à un monde englouti. Bien qu’il fit encore jour, quand Théophile y pénétra, le salon, malgré ses nombreuses baies vitrées, était sombre et froid. Le transistor de la cuisine diffusait des parlotes inaudibles et sans intérêt. Elle, pâle, sans coiffure identifiable, flottant dans des vêtements devenus trop grands, était assise, perchée sur le tabouret haut de la cuisine et finissait son potage lavasse. Elle avait mis deux couverts, au cas où, et quelque chose refroidissait déjà dans le faitout.
Vidoc, le gentil boxer, se leva et s’approcha, pataud, du coin où se tenait Théophile. Il tortilla un instant de l’arrière-train comme si les frétillements de sa courte queue l’entraînaient.
La nuit tomba, sans qu’elle bougea, allumant une cigarette après l’autre. Le salon s’assombrit sans qu’elle pensa à allumer une lampe. Elle se leva enfin, fit sortir Vidoc dans le jardin et finit sa cigarette en l’attendant.
Lorsqu’il fut rentré, elle se dirigea d’un pas las vers la chambre, souleva la couette et s’y glissa, sans se déshabiller.
Vidoc la suivit et s’allongea sur le lit, à la place de Jean. Il blottit sa grosse tête affectueuse dans le creux de son cou.
Alors, seulement, elle permit à ses larmes de couler.
Théophile, immobile, voyait tout cela, se sachant impuissant, pendant que Jean était à quelques kilomètres.
Ce n’était là que quelques-unes unes des nombreuses cases de la marelle de Théophile mais chacune le ramenait, sans qu’il n’y pût rien changer, dans son enfer. Dans cette sorte d’Hadès, où était enchaîné son passé, il ne disposait d’aucun pouvoir libérateur.
Spectateur passif et désolé. Telle était sa condamnation.
Dimanche.
La dernière étape de son voyage le mena au monastère du Vercors. Jean s’y trouvait depuis cinq heures du matin, comme depuis des mois. Marie aussi, dans le coin des femmes. Comme le dit le psaume, ils étaient passés par le feu et par l’eau et plus rien n’avait d’importance. Ils se consolaient en se disant, qu’après tout, ils avaient fait le plus gros du chemin. Alors qu’importe ce que serait le reste de celui-ci, du moment qu’ils ne Le perdent pas des yeux. Jean était dans le chœur et chantait en alternance avec Père Denys. Il n’y aurait pas de liturgie, ce jour là.
La sonnette teinta dans le sanctuaire. Ils descendirent des stalles et s’inclinèrent un long moment.
C’était les Laudes. Avant de lire le psaume 148, le regard de Jean se fixa. Théophile en suivit la direction vers le vitrail en grisaille qui saluait le jour naissant.
Théophile ne put détacher son regard de cette diaphane lumière. Sa volonté se refusait à un nouveau saut. A travers l’ouverture faite pour lui faire obstacle, la lumière, résolue, se frayait un passage et, encore naissante, proclamait sa victoire. Bientôt, tout le vitrail emplit son regard, se dépouilla de ses motifs et ne fut plus que lumière.
Il se sentait bien et n’avait plus souvenir de ses affres. Il n’y pensait pas, n’en gardait pas la mémoire. Quelque part, loin dans son subconscient, il sentait qu’il y avait eu un « avant ». Comme une jeune accouchée, il ressentait un bien-être qui occultait un monde de douleur, su mais oublié.
Ce ne fut qu’après un temps de latence qu’il réalisa qu’il fixait, non le vitrail du monastère mais la petite fenêtre de son royaume. La lumière n’en était pas moins présente.
Comme le miraculé d’un grave accident, il se tâta mentalement et se constata non seulement indemne mais en bonne forme. Il se leva.
C’était étrange. La nuit régnait encore. La lumière émanait d’un astre en tous points remarquable. On eut dit une étoile. Elle perforait la sombre voûte, brillait
comme aucune étoile avant elle et semblait, par sa seule intensité, chasser les nuées maléfiques. En la contemplant, Théophile prit conscience qu’aucune lumière, auparavant, n’était dénuée de couleur. Il y avait des étoiles tirant du rouge au bleu. Le soleil même, au plus fort de son éclat, restait teinté d’ocre. Rien de semblable, ici. L’étoile était d’un blanc pur. D’une pureté qui dépassait toute description.
Les lois de la physique interdisaient un tel phénomène. Pas une lumière, en ce monde, ne pouvait échapper à une décomposition, même minime de son spectre. Les savants avaient inventé la lumière cohérente, le laser, mais toujours sur une longueur d’onde donnée. Cet astre émettait une lumière cohérente sur la totalité du spectre.
Il ne pouvait en détacher son regard. Non seulement le rayonnement s’intensifiait mais, tout en restant ponctuelle, comme infiniment éloignée, elle semblait grossir. Ce ne fut qu’au bout d’un moment qu’il réalisa que cette impression était due à l’apparition de quatre rayons, aussi incandescents, qui s’allongeaient vers les points cardinaux et refoulaient l’écran qui avait obturé le soleil même. Pourtant, alors que le soleil interdisait qu’on le fixât, l’astre acceptait le regard et le sollicitait.
Théophile promena son regard alentour. Puisque la nuit restait présente, d’où émanait la lueur qui l’avait tiré de sa couche ?
Tout ce qui se présentait à son regard prenait une luminescence immaculée. Ce n’était pas le reflet de l’astre qui paraissait si lointain, si stellaire. La lumière dont se paraient rochers et végétaux, la petite maison, ses mains et même son vieux et crasseux rason était d’une nature inconnue mais manifestement semblable à celle de l’astre. Les choses recevaient et renvoyaient la lumière solaire, dont elles retenaient la partie qui leur donnait leur couleur. Rien de semblable dans ce que contemplait Théophile. C’était plutôt une sorte de mimétisme qui semblait animer tout l’univers visible comme si chaque chose se mettait à émettre, à sécréter une lumière longtemps retenue, comme une réponse déjà inscrite dans le moindre grain de poussière et qui n’attendait, pour sourdre, que l’appel lancé par l’Astre. C’était la résurgence d’une source enfouie depuis très longtemps dans un abîme insondable, la vibration incandescente d’une vie inouïe qui, douce et violente, se frayait un chemin au travers des mornes apparences baignant toute l’atmosphère d’une douce chaleur tout en proclamant son invincibilité, l’absolue impossibilité que quoi que ce soit lui fit obstacle.
Tout était Vie dans cette virginale blancheur et rien, pas même le minéral n’y échappait, animé qu’il était, lui aussi, d’un bouillonnement que tous les sens, rassemblés, percevaient.
Théophile, en effet, ne voyait plus, n’entendait plus, ne sentait plus. Un seul sens le mettait en communication intime avec son univers encore limité. Il voyait, percevait par tout son corps, autant qu’il l’entendait la musique qui, discrète puis enhardie, émanait de cette folie épanouie. La musique absolue, rassemblant en une indicible harmonie, tous les tons, les timbres, les rythmes, les chromatismes et dont tout aléatoire était banni. La musique essentielle, l’hymne parfait, dont les instruments étaient doués d’ubiquité, jouée par tout et de partout.
Sous lui, la terre retentissait de craquements sourds et des gémissements joyeux ou apeurés d’une multitude.
Tandis que les arbres jusqu’au moindre buisson se couvraient d’un manteau chamarré de feuilles et de fleurs, que de leurs cimes jaillissaient de cristallines éruptions d’oiseaux, l’horizon s’illuminait d’une aurore éclatante de blancheur qui montait à la rencontre de l’Astre et de ses bras grands ouverts, dans l’élan d’une étreinte intégrale et à jamais inassouvie. Le ciel ressemblait à une immense prosphore* lumineuse où, un à un, tous les astres se donnaient rendez-vous. Le soleil et la lune étaient là, humbles de leur lumière, comme agenouillés. Les planètes, respectueusement alignées, au nombre de sept, semblaient avoir renoncé à leur errance. Les étoiles, par milliards, semblaient converger des confins de l’univers et couvrir le ciel de leur strass. Tous étaient présents, mages de l’infini avertis par quelque éternel décret, rassemblés, adorants, autour de l’unique Etoile.
Annihilant les distances, il vit un grand diamant battre de ses immenses ailes dans une baie de Normandie.
Théophile était au delà de toute émotion, de toute peur. Ses sens rassemblés, son corps, son âme rendaient témoignage. Il ne ressentait plus de pesanteur, ni celle de l’universelle attraction ni même celle, organique, qui, dans un avant déjà estompé, caractérisait la conscience du corps et s’il respirait encore, ce n’était plus par un besoin vital mais dans le délice de faire pénétrer en lui l’émanation d’amour de tout ce qui l’entourait et de lui restituer, enrichie par son propre émerveillement.
Son âme, au contraire, acquérait un niveau de conscience jamais atteint. Elle voyait tout, comprenait tout, se souvenait de tout. Elle en ressentait une déchirure, à la fois douce et amère, tout à la joie d’une victoire tant attendue, à jamais accomplie et à la terreur qu’elle puisse, impardonnée, en être à jamais séparée.
Il se sentait naître à une vie qui se réclamait de l’unité retrouvée entre son corps et son âme, entre l’amant volage éperdu et repentant et l’épouse retrouvée, reconnue, purifiée de ses adultères.
Il se sentit propulsé par une volonté toute-puissante et franchit, déjà hors du temps, le petit chemin taillé dans la roche gemmale. A son approche, les portes de l’église s’ouvrirent et le happèrent. Elle avait perdu toute limite et s’étendait à l’infini, remplie d’une foule innombrable. Quelques visages se tournèrent vers lui, animés d’un sourire doux et confiant ou, au contraire d’un effarement ahuri.
Il les reconnut tous et aurait voulu se cacher parmi eux.
Mais les portes royales étaient ouvertes. L’autel était comme une grande ville étincelante entourée d’êtres immenses et resplendissants. Au-dessus de la ville se tenait, insoutenable, le grand Pantocrator, descendu du dôme où, obéissant, il attendait l’Heure connue du Père. A ses pieds, naissait un fleuve de feu qui se dirigeait vers la nef.
Derrière chaque un de la multitude se tenait un être de lumière.
Sous la pression de sa main, tous se prosternèrent tandis que montait, suppliant, le chant de la Déisis*.
