mercredi 20 janvier 2010

La fleur des cimes

Seigneur, qui habitera dans tes tabernacles
Et qui se reposera sur ta sainte montagne ?
(ps 14.1)


Ils avaient choisi Andros. L’île était facile d’accès, pas trop touristique et, surtout, l’higoumène du principal monastère était francophone.
Débarqués du ferry, ils franchirent, au volant de leur voiture de location, le massif montagneux qui les séparait de la côte Est de l’île. Les lauriers roses enchantaient, par milliers, le moindre vallon. De chaque virage, surgissait une petite chapelle blanche à toit plat sur lequel les chèvres les regardaient passer, libres et indifférentes. A Chora, ils trouvèrent sans difficulté un gîte où le seul voisin, au petit jour, lisait les psaumes sur sa terrasse.
En fin d’après-midi, ils se rendirent à Agios Nicolaos, monastère millénaire aggripé au rocher, défiant de son perchoir l’immensité égéenne. Le monastère semblait désert, à cette heure. Eclatant de blancheur, terrasses, escaliers, jardins disaient le soin amoureux dont on les entourait. Dans la cour intermédiaire, un grand Christ avec les instruments de la passion occupait une niche derrière laquelle, une petite grotte rocheuse, garnie de chaînes fixées à la paroi, embaumait.
Ils s’assirent dans le cloître et attendirent. Une vieille femme grincheuse surgit au bout d’un moment et les apostropha en grec.
- W’re french orthodox. Let us can speak to Father D. ?
Les apostrophes reprirent de plus belle, leur indiquant clairement la sortie.
Ils ne bougèrent pas.
Au bout d’une heure arriva un géant débonnaire et nonchalant qui chantonnait un tropaire.
- Bonnjourr.
- Vous êtes le Père D. ?
- C’est bienn moa.

Ils restèrent une semaine dans ce monastère qui leur paru un joyau, littéralement emmaillotés par la chaleur tendrement paternelle du Père D.
Six moines de toutes nationalités composaient la communauté où la règle semblait aussi débonnaire que le Geronda. Les offices s’enchaînaient au complet, sans heurts, trois heures le matin, trois heures en fin d’après-midi. Ce qui frappait était le calme, on dirait même, le détachement sans aucune tension de leur déroulement aussi naturel qu’une respiration. L’arc ne semblait pas bandé mais la flèche fusait.
Geronda faisait participer Jean.
- Jean ! Saint Dieu … ! disait la voix puissante sortant du sanctuaire.
Au fil des jours, passaient des pèlerins de toutes nationalités et la liturgie devenait polyglotte.
L’église n’était pas très grande mais magnifique. L’argent des dizaines de lampes et lustres habillant la voûte le disputait à la rutilance dorée des icônes. Elle embaumait de ses multiples reliques et surtout de l’icône de la Mère de Dieu de Blachernes qui depuis des siècles suintait, en abondance, le myron*.
Une chose n’a pas encore été dite :
Depuis sa plus tendre enfance, Jean eut un lien particulier avec les lieux de prières. De toutes ses paroisses, de la plus petite chapelle à la cathédrale, de l’abbaye cistercienne à la Chartreuse, de ses collèges à ses hôpitaux, de ses lieux de vacances ou de pèlerinage, il gardait un souvenir vivant et visuel de chacun. Même de l’église Sainte Anne où il fut baptisé, dans cette bourgade proche d’Alger où pourtant il ne vécut que jusqu’à l’âge de trois ans, il se souvenait.
Il ne pouvait pénétrer dans ces lieux, en franchir le porche ou la clôture sans ressentir une paix joyeuse qui lui faisait chanter le psaume 25 . Les nécessités de la vie l’en faisaient sortir avec difficulté.
Il en était de même dans l’église d’Agios Nicolaos. Mais là, était-ce à cause de la paternité méridionale de Père D., il avait vraiment la sensation d’un enfant en vacances chez ses parents.
Le domaine du monastère s’étendait sur des dizaines d’hectares de garrigue s’étalant dans un large vallon jusqu’à une petite baie inaccessible de la côte Est de l’île.
D’en haut, on y distinguait une vingtaine de chapelles dispersées. Les plus proches du monastère étaient restaurées. Sainte Marie l’Egyptienne, la Visitation, la Sainte Rencontre … Presque une heure de route défoncée et dangereuse, en 4X4, les mena au piton rocheux bornant la baie au nord. Le petit monastère saint Mamas était en cours de restauration et quelques ouvriers s’y activaient. On eut dit un petit château fort avec ses chemins de ronde crénelés. Au sommet d’un donjon carré flottait le drapeau athonite. A ses pieds, sur trois niveaux en terrasse, se nichaient la chapelle, le logis, les magasins. Monastère ? Plutôt une sorte d’ermitage. Majestueux. Résidence secondaire du Roi avec juste un logis de gardien. Les ouvriers racontaient qu’un jour, tous avaient vu un très jeune homme sur les remparts.
Père D. qui faisait brûler de l’encens dans tous les coins se tourna en riant vers Marie et Jean.
- Alors ? Vous seriez bien ici, non ?
Pour eux, ce n’était pas une plaisanterie.
- Et qui dira la Divine Liturgie ? questionna Jean.
Le doux géant le serra contre lui.
La semaine se terminait et ils n’avaient pas prévu de rester plus longtemps.
Après les vêpres du samedi, Père D. demanda :
- Jean, tu connais le Mont Athos ?
- Non, Père. Un jour, peut-être. Mais cela m’ennuie de laisser Marie.
- Si elle est d’accord, je te la garde. Profites-en.

Avec, en poche, une recommandation du Père D., Jean reprit le ferry, lundi matin, et sept heures de route le conduirent à Thessalonique. Drôle de ville, indéfinissable avec ses vestiges romains, sa tour féodale, entre l’Antiquité et la modernité, l’islam et le christianisme, l’Orient et ses bazars, l’Occident et son béton.
Il se rendit rue Caramanlis où, produisant la lettre du Père D., il obtint sans difficulté son certificat.
Encore trois heures de route derrière un bus pris pour guide à la gare routière. Ouranopolis. La « ville du ciel. »
Il trouva une chambre à l’hôtel Xenia et tôt le matin prit la tête de queue devant le bureau des pèlerins à l’ouest de la ville. Une fois encore, la lettre-talisman du Père D. fit son office et, contre quelques euro, Jean obtint le diamonitirion*.
Quatre jours. Il n’avait que quatre jours.
Il se précipita vers le port et monta sur le traversier dans une cohue de pèlerins et de moines. Un peu après 9 heures, le bateau bâché, surchargé d’hommes et de ballots quitta le port.
Trois heures de mer dont il ne vit rien.
Quatre jours. Quatre jours seulement pour le rendez-vous qu’il s ‘était fixé.
Daphni. On eut dit un de ces petits ports du golfe du Morbihan. Un quai de pierre sur lequel on saute plus qu’on y descend, des mules en attente de chargement, quelques zodiaques pilotés par des moines-pécheurs, des piles de sacs à dos.
Trois jours et demi.
Jean s’approche des moines-pécheurs.
- Agios Pavlos monasteria. Tora. Parakalo .
Beaucoup font le geste de ne pas comprendre.
L’un d’eux, sans âge, le regarde. Jean ne peut fixer ses yeux affligés d’un léger strabisme.
- Ghalos ?
- Né .
- Orthodox ?
- Né.
Il fait signe à ses compagnons de l’attendre et prend Jean par la main.
Il le traîne sur quelques centaines de mètres vers un camion-benne assez neuf. Il le plante là pour palabrer avec le chauffeur.
Quelques instants plus tard, il lui fait signe de monter dans la benne et s’éloigne après une rapide bénédiction.
Jean s’allonge sur un tas de sacs de jute, son sac à dos en guise d’oreiller.
Son sommeil est à peine troublé par la vibration du moteur qui démarre et ébranle l’engin.
Il sent les virages s’enchaîner, rythmés par les incessants changements de vitesse. Il jette un œil. La route n’est pas carrossée mais large. Le camion soulève un nuage de poussière dans son sillage teinté par les gaz d’échappement. A droite, le miroir marin, deux cents mètres plus bas. A gauche, la montagne, pelée par endroits, les lauriers roses, les acacias et les châtaigniers.
Il se souvient d’un reportage télévisé. Un vieux moine athonite disait « Ici, quand il y aura une route, les temps seront accomplis. » Le reportage se terminait sur les bulldozers à l’ouvrage.
Après un virage serré, le camion semble piquer vers la mer et s’arrête au pied d’une forteresse.
- Agios Pavlos ? demande Jean.
Le chauffeur qui déboîte les ridelles hausse les épaules.
- Ochi. Simonos Petra .
Jean se sent perdu. La forteresse, couronnée par quatre étages de balcons, l’écrase de sa sainte majesté qui reflète le soleil au zénith. Odeurs de thym. Chaleur.
Il interpelle l’un des moines qui, déjà, déchargent le camion.
- Agios Pavlos.
Le moine s’éloigne sans lui jeter un regard.
Jean, découragé, s’assied sur un muret et tend son visage au soleil qui perce ses paupières d’une lumière rouge.
Il ne sait combien de temps s’était écoulé quand une voix, qui lui parait angélique, le sort de sa torpeur.
- Vous êtes français ?
Jean ouvre les yeux, abasourdi.
- Je suis le Père M. Comment êtes vous arrivé ici ?
Jean lui montre la lettre de Père D.
- Vous voulez aller à saint Paul ? Aujourd’hui ?
- Je n’ai plus beaucoup de temps, père.
- Vous connaissez quelqu’un, là bas ?
- Non. Je veux escalader l’Athos.
Le regard intelligent le vrille, silencieux.
- C’est haut et difficile, vous savez.
- C’est pour cela, Père. (Il va me prendre pour un fou.)
- Entrez vous rafraîchir. Je vais voir.
Une pièce sombre et fraîche. Un verre d’eau. Délicieux. Le silence. L’attente, encore. Au loin, le chant d’un simandre*.
Au bout d’un moment, Père M. revient.
- Voulez-vous manger un peu ?
- Je n’ai pas très faim, Père. Mais il vaudrait mieux que j’avale quelque chose car mes provisions ne suffiront pas pour les trois prochains jours.
- Père Cyprien va vous apporter une collation puis vous mettra sur le chemin.
- Bénissez, Père.
- O Kyrios. Bon courage, mon ami.

Deux heures plus tard, Jean marchait, derrière le Père Cyprien, sur un sentier ombragé, blanchi par les fleurs séchées d’acacias. Des papillons blancs, bleus, minuscules, les escortaient joyeusement. Le guide de Jean était jeune et marchait d’un bon pas sur le chemin qui montait, descendait, s’enfonçait dans des combes fraîches et obscures, remontait défier le précipice au bord duquel bleuissaient des pieds de lavande sauvage courtisés par des abeilles amoureuses, assommait de chaleur avant de faire le cadeau d’une brise marine. La pierraille roulait sous les semelles qui, par endroits, devaient contourner des crottes de mules.
Marche hors du temps, chaotique, imprévisible, alternant obscurité et lumière, ascensions et dégringolades, guidée par un ange de noir vêtu.

Moins d’une heure après leur départ de Simonos Petra, il arrivèrent en un endroit ensoleillé où s’offrait au choix un sentier étroit et fleuri qui amorçait sa descente. Plus bas, émergeaient des dizaines de toits étagés.
- Grigouriou, précisa Père Cyprien.
Ils franchirent un vallon profond, enjambèrent un promontoire et suivirent le chemin incisé au flanc du roc que les flots, apparemment si proches, tentaient d’amadouer de leur caresse bleue ou verte. Le jardin de la Mère de Dieu ne cessait, à chaque virage, de dévoiler ses surprenants mystères. Pas après pas, la générosité, l’inventivité créative du génial jardinier se révélait sans ostentation. Sans fard, non plus.
A cette heure, le soleil semblait figé et saisi d’une volonté de passer ici la nuit comme un enfant refusant le lit. Il semblait s’y décider à regret, en traînant le pas quand, au détour d’un nouveau promontoire, une tour carrée révéla ses créneaux.
- Dionysou.
Ils suivirent le sentier pentu, contournèrent par l’est la cité médiévale ramassée sur elle-même et se glissèrent entre les bâtiments détachés au sud.
Derrière les frondaisons d’un énorme châtaignier, se révéla, au loin, la blancheur du Mont Athos. Défi et invitation. Majesté et douceur.
Père Cyprien s’arrêta.
- Agios Pavlos, indiqua t-il en tendant le bras vers le sud.
Jean ne voyait rien qu’à perte de vue l’étroite saignée qui, sans ombre, serpentait au flanc du rocher.
Il comprit qu’il était temps pour Père Cyprien de s’en retourner et qu’il ne pouvait plus se perdre. Ils s’inclinèrent la main sur le cœur.
- Evkaristo
- Kalo taxidi
Quelques minutes plus tard, Jean rejoignait une route carrossable qui venait de l’est de la péninsule et descendait en lacets.
Le soleil, visiblement, faisait, à présent, contre mauvaise fortune bon cœur et pressait le pas vers l’horizon en rougissant.
Saint Paul se révélait progressivement à chaque tournant et Jean aurait pu se croire retourné à Dionysou si, au sud-ouest de la même tour carrée ne s’étendait une longue muraille derrière laquelle s’abritaient, au milieu des bâtiments abrupts, cinq coupoles blanches et rouges. Des jardins et des vergers en terrasse étalaient leur tapis à ses pieds pour accueillir, semble t-il, le visiteur venu de la mer.
Jean mit plus longtemps qu’il ne l’imaginait à atteindre le monastère. Le soleil tirait derrière lui ses draps bleus.
Longeant de nombreuses bâtisses faites pour abriter des centaines de moines, un large chemin empierré montait vers un portail encore ouvert et bordé de deux colonnes. Des pèlerins se hâtaient aux vêpres. Jean les suivit et assista à l’office.
A la fin de celui-ci, les pèlerins s’acheminèrent d’un pas lent vers le réfectoire.
Jean n’avait pas prévenu de son arrivée. Pour lui, saint Paul ne constituait qu’une étape. Pas un séjour.
Il franchit à nouveau le portail.
Plus loin, sur le chemin, il avait repéré une sorte de belvédère entouré d’une balustrade de bois et protégé par un toit à quatre pans.
Déroulant son sac de couchage, il s’y installa pour la nuit. Couché, son sac en oreiller, le Mont Athos, teinté de rouge tel un Sinaï, le sommet voilé de brume, emplissait son regard.
Partout ailleurs, Jean eut été écrasé par tant de majesté. Mais, ici, tout n’était que douceur. L’air parfumé, la lumière du couchant, même le silence chantaient une berceuse.
Ce que Jean ressentait par toutes ses fibres, c’était que tout cela émanait d’un alliage non-terrestre de puissance et de tendresse.
Comme d’habitude, le sommeil fit glisser son chapelet de ses doigts.
Plus que trois jours.
Un air froid l’éveilla aux premières lueurs du jour, précédant de peu le chant lointain du simandre*.
La chicorée chauffée sur son réchaud à gaz, quelques biscuits « de soldat », aussi secs que prompts à se déliter dans le moindre liquide, le requinquèrent. Il quitta le belvédère avant que les premiers passants ne s’interrogent sur sa présence et prit la route qui menait à l’embarcadère.
Au troisième lacet qui longeait la châtaigneraie, un petit panneau Agia Anna l’invita à obliquer. Le raccourci le mena sur la route qui menait au skite*, perché sur un piton, quelques centaines de mètres plus haut. En le contournant, le sentier le fit grimper jusqu’au pied de la montagne. La châtaigneraie semblait s’y éclater comme déferlante sur rocher et faisait place, presque sans transition, à quelques touffes herbeuses seulement égaillées de modestes fleurs jaunes. Les trois sommets se détachaient sur l’azur frais du matin.
Se retournant, Jean réalisa que s’il était le plus matinal, il ne resterait pas longtemps seul. Plusieurs silhouettes suivaient, en contrebas. Le sentier rupestre était balisé par quelques emballages vides. Cela n’augurait rien de bon pour le rendez-vous qu’il espérait.
Assurant ses pas sur les éboulis, il s’élança mentalement.

Au matin du quatrième jour, Jean se trouvait sur l’embarcadère de saint Paul, au milieu des carrioles bariolées, dans l’attente du bateau pour Daphni.
Il se disait que, plus jamais sans doute, il ne connaîtrait une telle paix, plus grande encore que celle ressentie trente ans auparavant. Il l’avait reçue, et déjà elle s’estompait en doux souvenir, quand l’edelweiss de prière, retirant doucement sa main de ses lèvres, l’avait posée sur sa tête, y traçant un tendre signe de croix.
Il eut alors voulu que le temps s’arrête. Petit paradis, délicieux avant-goût de ce à quoi il n’osait prétendre.
C’était au retour d’une excursion que l’edelweiss et lui venaient de faire, là où une autre fleur des cimes venait de se faner.

La veille, au sortir d’une nuit glaciale, à quelque distance du sommet où se devinait une croix en fer, Jean avait perçu, dans l’impassibilité du lieu, un mouvement dans la périphérie de sa vision. Cent mètres en contrebas, une forme se glissait dans une crevasse à moitié obstruée par de gros rochers. En respectant le silence, seulement troublé par le froissement soyeux d’un aigle en vol plané, Jean s’approcha.
Rien.
Il attendit, assis, les yeux clos et le cœur soucieux.
Une légère variation dans la luminosité lui fit lever la tête.
Un vieil homme le regardait. Vieux ? Sans âge, plutôt. Les cheveux et la barbe le couvraient presque jusqu’à la taille. Derrière les sourcils, deux petites vies paisibles, joyeuses et bienveillantes animaient, comme deux colibris, la forêt d’argent. Tout le reste était sombre. Pas vraiment. Certes, ce que l’on pouvait distinguer du visage était tanné par les intempéries et la longue robe, abondamment rapiécée, avait du être noire. Mais elle était à ce point lustrée qu’elle brillait au soleil de même que la peau comme un cuir bien ciré.
Jean se prosterna sans oser approcher et, ne fixant que les pierres, ne vit pas la bénédiction.
Un long, très long moment, passa avant qu’il se redressât.
Il était seul.
Vers le début de l’après-midi, la présence se manifesta à nouveau et lui fit signe de le suivre.
Ils marchèrent une petite heure à flanc de montagne, contournant un promontoire pour plonger dans un vallon. Une maisonnette, une hutte, plutôt, de pierres empilées sans ciment, était blottie là, sous un surplomb. Seule une minuscule ouverture arrondie indiquait que cet empilement était de main d’homme.
L’ancien s’y glissa, presque accroupi.
L’attente à laquelle il commençait à s’accoutumer se prolongea.
Une main parut par l’ouverture et lui fit signe d’entrer à son tour. Par contraste, l’endroit était totalement obscur. Mais y régnait une fraîcheur étrangement, bien que discrètement, parfumée. Peu à peu, Jean distingua son compagnon agenouillé auprès d’une forme allongée. Il se leva et glissa ses mains sous la forme, enjoignant Jean d’en faire autant. Avec précaution, ils se glissèrent dehors avec leur fardeau, si léger, et Jean vit que le visage était recouvert d’un linge. En contournant la hutte, ils déposèrent le corps entre celle-ci et le rocher, dans une sorte de cul-de-sac de la taille d’une tombe. Jean se vit signifier de s’éloigner.
L’attente, encore. Il était le témoin à la fois proche et tenu à distance d’un royal secret, pressenti et voilé. Enfin, l’ancien sortit et commença à empiler les pierres pour boucher la faille. Jean l’aida.
Quand ils eurent terminé, Jean attira l’attention de son compagnon et lui désigna une silhouette qui, beaucoup plus bas, montait dans leur direction. Son guide opina mais lui fit signe qu’ils ne devaient pas rester là.
Les edelweiss fleurissent solitaires.

Les premières lumières du soir habillaient le Mont Athos pour sa nuit quand ils atteignirent la crevasse.

C’est là et alors que Jean reçut la Paix.
C’était la fin du troisième jour.